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Au moment où tu ne l’attendais plus, la Suisse te réclamait

Mercredi 1 septembre 2010

Après le dix-septième épisode, et mes soirées au café-concert de la Contrescarpe, poursuivons ensemble la lecture de la biographie “Henri Dès : du Fils au Père”.

Au moment où tu ne l’attendais plus, la Suisse te réclamait. Un premier passage aux Faux-Nez, cabaret miniature et légendaire situé à – je te le donne en mille – la rue de Bourg, t’avait donné un regain d’espoir.

Car ce soir-là, tu avais fait le plein. Et malgré la petitesse du lieu, les fauteuils n’étaient de loin pas uniformément occupés par les postérieurs bien connus de ta famille, de tes amis, cousins éloignés, anciens collègues et des clientes de ta mère. Tu y avais aussi trouvé un public curieux de savoir ce que devenait celui qui avait eu les c… de tout lâcher pour monter à Paris. Tout n’était donc pas perdu. Cette petite sucrerie extrêmement bienvenue pour ton ego – son ventre avait dû se creuser au point qu’on lui voie les côtes – avait été suivie d’un contrat juteux pour le bal de l’EPUL (École polytechnique universitaire de Lausanne). Cachet : 400 francs suisses pour la soirée (y compris le voyage et les honoraires du pianiste). Bien plus que le salaire d’un mois de travail de maman, qui en fut très heureuse, mais un peu dégoûtée tout de même.

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Déchargeur de cageots de fruits

Mercredi 4 août 2010

Après le neuvième épisode, où l’on relate ma première audition, poursuivons ensemble la lecture de la biographie “Henri Dès : du Fils au Père”.

Le 1er juillet, tu gagnais ton premier franc vingt-cinq en chantant tes chansons sur le Boul’Mich.

Cette maigre rentrée d’argent n’étant de loin pas suffisante pour te payer le luxe des draps à moitié blancs d’un hôtel miteux, tu avais continué ta descente en eaux troubles en installant ta couche sous un des nombreux ponts de Paris. Il y avait là d’autres jeunes beatniks à guitare. Parfois, vous chantiez ensemble, et il pleuvait quelques pièces que vous vous partagiez fraternellement (seul Helvète de la joyeuse troupe, tu recevais les rares francs suisses qui tombaient.

On t’avait dit que tu pouvais travailler aux Halles, comme « déchargeur de cageots de fruits ». Tu t’y étais retrouvé, à faire la queue en compagnie de dizaines d’autres types, bien plus bronzés et motivés que toi, levant la main plus rapidement et bien plus haut lorsqu’un job se présentait. Dans cette joyeuse cohue se trouvait un autre jeune homme de bonne famille, peu enclin au travail manuel, un certain Philippe Lamoureux. Il avait quitté la région de Bordeaux comme tu avais quitté ta Lausanne natale, à la différence près que ses parents n’avaient pas été consultés. Il avait fugué. Tous deux lassés de faire la queue pour mendier l’hypothétique petit boulot, vous aviez décidé de voler deux pêches et d’aller vous faire voir ailleurs. Philippe avait fait le guet pendant que tu réalisais le premier et dernier menu larcin de ta vie. Car cette pêche avait eu mauvais goût, celui de la culpabilité. Le vol ne faisait pas partie de ta liste de fonctionnements potentiels, et tu t’étais juré de ne plus jamais commettre d’acte répréhensible.

Ceci ne t’avait pas « em-pêché » de ronger la pêche jusqu’au noyau et de sympathiser pour de bon avec ton nouveau compagnon. Vous resteriez inséparables jusqu’à la fin de ton séjour.


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