Le meilleur pédicure de Lausanne

Après le quatrième épisode, consacré à mes débuts au Café du Bourg, poursuivons ensemble la lecture de la biographie “Henri Dès : du Fils au Père”.

En fait, sans vouloir me vanter, je crois que ton père était LE meilleur pédicure de Lausanne, et peut-être même du monde, voire de l’univers… Il était probablement le meilleur Père Noël aussi, car sous ses airs sombres, il était d’une tendresse infinie, et avait revêtu la cape, la hotte, les bottes et la barbe à chaque Noël, dans un scénario rituel bien rôdé que tu as reproduit pour Camille et moi, et que je ferai durer le plus longtemps possible, jusqu’à ce que mon fils reconnaisse enfin mes mains, comme Nicole et toi aviez reconnu les siennes. Georges était sévère, mais juste. Distant, mais à l’écoute. Toujours prêt à discuter pour vous comprendre et vous aider. « Si tu veux faire le clown, apprends le métier et va le faire dans un cirque, mais pas à table ! » et « Sois le meilleur balayeur du quartier plutôt qu’un mauvais médecin », sont deux phrases d’anthologie prononcées par Georges. De ces phrases paternelles qu’il suffit d’entendre une fois dans l’enfance pour en garder la marque indélébile toute la vie durant.

Un autre fait marquant de ton enfance fut le jour où ton père t’avait amené pour la première fois au Théâtre des Faux Nez, vers l’âge de 15 ans, pour « voir des comédiens ». Tu y avais découvert le plaisir et le bonheur que ces saltimbanques donnaient aux gens, et ce métier t’avait paru extraordinaire. C’est encore avec Georges que tu avais découvert les premières émissions de variétés musicales à la télé, chez Godiot, place Pépinet. Le seul bistro à posséder un téléviseur à la ronde. À l’époque, ces petits écrans parasiteurs de cerveaux étaient très loin d’avoir envahi tous les foyers, et les gens s’agglutinaient, comme hypnotisés devant les vitrines des revendeurs. Quand vous alliez chez Godiot, ton père prenait trois décis de rouge, un sirop pour ta soeur et toi, et vous regardiez Ricet Barrier (que tu connais bien), Philippe Clay (pour qui tu écriras une chanson), Annie Cordy (que tu connais bien) et Guy Béart (dont maman et toi avez surtout fait l’expérience de sa propension à se balader toutes roubignolles dehors dans son salon) chanter leurs tubes de l’époque.

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