L’effet magique de l’Eurovision
Après le dix-huitième épisode, et mes débuts à l’Olympia, poursuivons ensemble la lecture de la biographie “Henri Dès : du Fils au Père”.
Maman avait arrêté de travailler, et grâce à ton score à l’Eurovision, tu avais enfin trouvé un bon agent qui avait négocié tes cachets à la hausse. Disons que, sans être mirobolants, ils devenaient plus confortables. Ironiquement cet agent, Jean Dufour, s’occupait également et principalement de Félix Leclerc et Raymond Devos. Excuse du peu !
Dans le même temps, tu avais aussi retrouvé une maison de disques. Pour ça, l’Eurovision avait eu un effet magique, de courte durée certes, mais magique quand même. Sollicité par plusieurs labels, et quitte à prendre le risque de n’être que peu ou pas distribué en France, tu avais finalement préféré confier ton premier 33 tours Retour à une petite société suisse et enthousiaste du nom de Disques Evasion, plutôt qu’à une grosse boîte parisienne dans les pages du catalogue de laquelle tu risquais d’être rapidement dilué. Je crois aussi que tu savais fort bien qu’en signant un contrat « juteux » sur Paris, tu perdrais tout contrôle sur tes chansons, et c’est tout ce que tu voulais éviter !
(…)
Tu avais sorti, en 1974, ton troisième album longue durée, Quand on revient d’ailleurs (dont la pochette fut la première d’une longue série illustrée par Étienne Delessert). La chanson du même nom, contenue dans ce disque sympathique, était une ode au retour chez soi, dans son beau pays (en l’occurrence la Suisse), après un long voyage. Tu étais loin de te douter alors que ce titre deviendrait au fil des années un classique de la chanson romande. Quel choeur, quelle fanfare, quelle harmonie de Romandie n’a pas repris ce quasi hymne patriotique.
Mais ta carrière avait tendance à se figer. Tes ventes de disques en France ne décollaient toujours pas. Ta brève incursion au Québec s’était soldée par un quasi-échec. Et malgré tes quelques dates sur le sol français, seule la petite Suisse romande te portait à bout de bras. À ce stade, tu aurais peut-être pu opérer un retour au pays, comme dans ta chanson, et poursuivre ta petite carrière là-bas, depuis là-bas. Cela t’aurait évité bien des déplacements. Mais ç’aurait été renoncer. Et ton établissement près de Paris n’était certainement pas pour rien dans l’entretien du mythe d’une pseudo-réussite, du moins pour ton public suisse.
Tags: Biographie, Etienne Delessert, Eurovision, livre, Suisse, Suisse romande