…et vous dansâtes beaucoup, mais tu ne chantas point
Après le douzième épisode, et l’épisode désastreux ou je fus lancier au Théâtre du Châtelet, poursuivons ensemble la lecture de la biographie “Henri Dès : du Fils au Père”.
Le 23 mai 1964, maman et toi, tous deux âgés de 23 ans, vous êtes juré fidélité au bord du lac Léman, en la magnifique église romane de Saint-Sulpice, datant du XIIe siècle, en présence du pasteur Alain Burnand, des deux familles au complet, d’une partie de la Radio suisse romande, et de tes potes du Coup d’Essai. Une centaine de personnes au total. Ton témoin ne pouvait qu’être Zazou. Vous aviez prolongé la fête chez Barnabé, le fameux café-théâtre de Servion, et vous dansâtes beaucoup, mais tu ne chantas point (ou si peu, car tu avais oublié les paroles de ta chanson Fleur de vie…).

Deux semaines plus tard, vous partiez pour Paris en « voyage de noces » et en deux-chevaux. Mais en fait de batifolage, vous aviez sillonné la capitale à la recherche d’un appartement. Maman avait souffert le martyr avec ses chaussures blanches de mariée aux pieds, mais qu’importe, le sacrifice qu’elle t’avait promis devait commencer quelque part. Le « loft » de vos rêves se trouvait à Boulogne-Billancourt, 89 rue Yves Kermen. Un 9 mètres carrés virgule 2 avec W.C. sur le palier et coin lavabo. Libre pour le mois de septembre suivant. Ne vous restait plus qu’à appliquer la technique dite de la terre brûlée, en liquidant toutes vos affaires restées en Suisse, excepté la fameuse deux-chevaux Citroën, dont vous utiliseriez la banquette arrière en guise de canapé pour le « salon ».
Personne n’avait vu votre départ d’un très bon oeil, surtout pas ton beau-père, Pierre, un petit bonhomme semble-t-il acariâtre avec son entourage proche, mais que j’allais aimer plus que tout dans son rôle de grand-père. Tout ce qu’il avait trouvé à dire en guise d’encouragement c’est : « En tout cas, il faudra pas compter sur moi ! » Sûr qu’un foutriquet qui quittait un job stable dans une radio d’État, avec une bonne petite retraite assurée, et qui lui piquait sa fille unique en sus, ne méritait pas beaucoup plus de soutien de sa part. À vrai dire, tout le monde pensait que vous ne pourriez pas tenir longtemps, et que le trajet retour ne se ferait pas attendre.
Les mauvaises langues de l’époque auraient mieux fait de tourner sept fois dans leur cavité buccale, car ce retour au pays ne se ferait pas avant 1983, dix-neuf ans plus tard, la tête
haute !
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