Dessinateur en batiment
Après le second épisode, consacré à ma scolarité, poursuivons ensemble la lecture de la biographie « Henri Dès : du Fils au Père« .
Le lundi 2 septembre 1957, trente ans jour pour jour avant mon entrée en apprentissage comme électronicien, tu entamais le tien en tant que « dessinateur architecte » selon toi, « dessinateur en bâtiment » selon ton livret d’apprentissage. Mais c’est vrai qu’« architecte » c’est plus classe. « Bâtiment », ça fait tout de suite plus prolétaire. Ton patron était un certain Jean Dufour, et il suffit d’un rapide coup d’oeil à ton carnet de notes pour comprendre que tu n’y excellais pas vraiment. La plus haute appréciation atteignable pour un apprenti en ce temps-là était le 1, et tu n’en avais eu que deux en tout et pour tout sur la durée totale de ton calvaire de trois ans (un en sciences naturelles appliquées, et un en calcul). Tu avais même réussi à te faire punir un soir (il faut le faire à 17 ans), pour flagrant délit de flânerie professionnelle.
Ce jour-là, monsieur Dufour t’avait envoyé porter des plans à l’héliographie de Chauderon (un quartier de Lausanne situé à cinq cents mètres grand maximum à vol d’oiseau en partant du bureau d’architectes), et tu étais revenu deux heures plus tard, alors que trente minutes auraient largement suffi. Dans le métier de dessinateur en bâtiment, c’est bien connu, la corvée ultime, la grande pénitence, la punition suprême, ce sont les tuiles. Dessiner des tuiles. À la main. Des milliers de tuiles. Ce fut ton châtiment ce jour-là jusque tard le soir. Ton patron t’obligea à dessiner une par une toutes les tuiles du Motel de Saint-Sulpice. Quelle tuile ! Je passe souvent devant ce motel en prenant la route du lac. Ça me fait sourire.
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