Après le cinquième épisode, consacré à mon père, poursuivons ensemble la lecture de la biographie “Henri Dès : du Fils au Père”.
Les artères de ton père se sont définitivement bouchées le 6 juin 1958.
Il avait 57 ans, tu en avais 17. Il est mort sans crier gare, en pleine journée, dans les bras de ta mère, avec sa tristesse et ses secrets.
À la seconde où le coeur de ton père avait cessé de battre, tu étais penché sur ta table à dessin. À ta place de travail. Loin, très loin d’imaginer que la terre allait s’arrêter de tourner. Pendant quelques minutes encore après son dernier souffle, tu as continué à vivre dans l’insouciance. Alors que ta mère, elle, était déjà plongée tout entière dans la douleur. Cette latence me fascine. Ne pas savoir. Ne pas être là quand le malheur arrive. Avoir la chance de pouvoir faire comme si rien n’avait changé. Pendant quelques instants de plus. Alors que TOUT a changé. Mais sans pouvoir profiter pleinement de cette ignorance salutaire, car tu n’en as pas la moindre idée. Puis soudain, un coup de fil. Le patron qui vient t’annoncer avec des yeux de cocker que tu n’as plus de père. Que c’est définitif. Que l’homme de la famille maintenant, c’est toi !
Tu es descendu chez tes parents un peu groggy et incrédule. Tu regardais les gens dans la rue, et tu ne comprenais pas comment ils pouvaient continuer à faire leurs courses, à travailler, à vaquer à leurs occupations sans se préoccuper de ton cataclysme interne. Ton père venait pourtant de mourir, BON DIEU ! Mais non, pas un regard compatissant, rien. Devant leur incompréhension, tu avais séché tes larmes.