Archive pour la catégorie ‘Biographie’

Le Café-Concert de la Contrescarpe

Vendredi 27 août 2010

Après le seizième épisode, et le pari fou de mon beau-père, poursuivons ensemble la lecture de la biographie “Henri Dès : du Fils au Père”.

Retour à Paris, début 1965, et retour à votre vie d’insouciante misère. Maman, comme une machine, s’était remise à taper ses lettres… à la machine, et toi à tourner de cabaret en cabaret en cabaret en cabaret, comme une toupie lancée à vive allure, se cognant et rebondissant aussitôt du mur à la chaise, de la chaise au frigo, du frigo à la table et ainsi de suite. Le Café-Concert de la Contrescarpe était devenu l’une de tes lueurs d’espoir. Tu y faisais le pied de grue avec d’autres prétendants chansonniers, espérant secrètement que l’un des artistes à l’affiche se pointerait en retard. Car dans ce cas, le gérant désignait l’un d’entre vous pour faire le tampon sur scène le temps d’une, deux ou trois chansons, avec peut-être à la clé un engagement moins précaire.

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Secrétaire aux studios Harcourt

Vendredi 20 août 2010

Après le quatorzième épisode, et nos difficultés de la vie de tous les jours, poursuivons ensemble la lecture de la biographie “Henri Dès : du Fils au Père”.

Niveau alimentation, ça n’était pas le Pérou non plus. Vous vous contentiez d’acheter des abats de volaille au marché, et parfois, le dimanche, une boule de glace pour deux suffisait à illuminer votre après-midi. Le bonheur quoi !

Votre plan pour les mois à venir était le suivant : maman trouvait un travail stable, et gagnait votre vie en attendant que tu deviennes riche et célèbre. Le problème, c’est que l’Espace Schengen était encore loin, tout comme les accords bilatéraux entre la Suisse et la France. Maman n’ayant pas de permis de séjour, le permis de travail lui était interdit. Le permis de travail lui étant interdit, pas de permis de séjour. Files d’attente interminables, rendez-vous manqués, contrôles médicaux, course dans les couloirs résonnants de l’administration française mastoc, entrevues avec des fonctionnaires gris, dans des bureaux gris, remplis de classeurs gris à gros anneaux dont l’odeur reconnaissable de carton et de poussière emplissait chaque pièce : le long cercle vicieux des demandeurs de travail ou d’asile étrangers avait duré, mais pas si longtemps que ça, car maman avait la chance d’être jolie, blanche, et de parler la langue, avec un accent bizarre, certes (le fameux « accent suisse » de la pub Ricola cher aux Gaulois), mais dans un français excellent.

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Système D

Mercredi 18 août 2010

Après le treizième épisode, consacré à notre mariage et notre installation, poursuivons ensemble la lecture de la biographie “Henri Dès : du Fils au Père”.

Votre studio de Boulogne-Billancourt n’offrait de loin pas tout le confort moderne auquel maman et toi étiez habitués en Suisse. C’est surtout pour maman que ça avait été dur, car toi tu t’en foutais un peu, comme d’habitude. Le plus grand choc avait été les toilettes. Ces fameuses toilettes à la turque, situées juste devant votre porte. Une porte bénéficiant d’un jeu de 5 centimètres entre le sol et son côté le plus bas. Un interstice laissant passer les bruits et les odeurs de la vie alentour. Une vie alentour largement envahie par madame Pomiro. Madame Pomiro, une vieille dame handicapée qui déféquait la nuit dans un seau. Seau qu’elle vidait péniblement au petit matin en laissant traîner ses savates sur le sol merdeux des toilettes turques situées devant votre porte, dont l’interstice laissait entrer le bruit et l’odeur de madame Pomiro en guise de réveille-matin…

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