Archive pour juin 2009

Souviens-toi : le fantôme

Mardi 30 juin 2009

Ça fait houou
Ça fait grrr
Sous le toit dans la maison
Ça fait ouiiii
Ça fait toc toc
Y’a des bruits dans le plafond

Et si c’est pas toi
Et si c’est pas moi
Qui c’est qui c’est-y
Et si c’est pas toi
Et si c’est pas moi
C’est sûrement le vent

Si cette chanson t’évoque quelques souvenirs, tu peux aussi la retrouver sur Club Tralalere.

Sans diplôme scolaire ni diplôme professionnel, mais avec ton sourire et ta guitare

Samedi 27 juin 2009

Après le septième épisode, consacré à d’illustres chanteurs, poursuivons ensemble la lecture de la biographie “Henri Dès : du Fils au Père”.

1959 n’avait pas été une année particulièrement riche en péripéties. La routine de ton apprentissage te plombait un peu le moral et ta carrière balbutiante de chanteur en devenir stagnait un poil. Souvent, tu rêvais la nuit qu’il te suffisait d’écarter les bras pour t’envoler et planer au-dessus du quartier de la place Saint-François, et cela te laissait songeur. Prémonition de lévitation dans les hautes sphères de la chanson ? Rêve d’émancipation et de liberté personnelle ? Professionnelle ? C’est compliqué les rêves paraît-il.

J’ai d’abord cherché un lien avec saint François d’Assise, un gentil gars canonisé au XIIIe siècle parce qu’il aimait les pauvres et portait les stigmates. Malheureusement, quand j’ai appris que les marques qu’il portait aux mains et aux pieds étaient bêtement dues à une forme de lèpre16, j’ai compris que je faisais fausse route. J’ai ensuite exploré la piste des louveteaux (enfants scouts de 7 à 12 ans). Comme saint François est leur patron, et que leur mode d’éducation est inspiré du Livre de la jungle de Rudyard Kipling, je me suis dit que je tenais forcément quelque chose, une piste en lien avec toi et ton rêve, tes chansons pour enfants, tout ça… mais rien. Dieu merci, au bout de plusieurs jours de recherches infructueuses, Saint François eut pitié de moi. Il m’a parlé. Enfin, pas directement. Par internet. Lorsque j’y ai lu que ce bon vieux religieux avait fondé le monastère de San Francisco à Madrid en 1217 ! Alleluia ! Je fus comme touché par la grâce. Il venait de me donner un signe de l’au-delà pour que j’arrête de faire des hypothèses à deux balles et que je reprenne enfin le cours de ton histoire.

Le 27 janvier 1960, un an et des poussières avant la fin de ton apprentissage, tu mettais un pied dans la vraie vie, sans diplôme scolaire ni diplôme professionnel, mais avec ton sourire et ta guitare.

De Georges Brassens à Elvis Presley

Mercredi 24 juin 2009

Après le sixième épisode, consacré à mon père, poursuivons ensemble la lecture de la biographie “Henri Dès : du Fils au Père”.

Le Barbare était une sorte de haut lieu de l’intelligentsia estudiantine lausannoise de l’époque. Un bistro situé dans les escaliers du Marché (sous la cathédrale), où les jeunes cerveaux se retrouvaient pour jouer aux échecs et fumer la pipe en se caressant le duvet qui leur servait de barbichette, d’une main sûre et volontaire, à la manière des grands philosophes antiques.

Toi, tu ne faisais pas vraiment partie de ce monde-là, tu n’étais pas un « intello » à proprement parler, et les jeux d’échecs te laissaient de marbre. Tu venais surtout y fumer tes premières cigarettes, des « Gauloises jaunes filtre », et reluquer les futures mères au foyer avec diplôme universitaire encadré dans le salon se dandiner au son du juke-box. Enfin, je ne suis pas sûr que le terme dandiner soit très approprié, puisque ce juke-box ne diffusait quasiment que des chansons de Juliette Gréco, Boris Vian, Félix Leclerc, René-Louis Lafforgue, Boby Lapointe, Philippe Clay, Jacques Brel… et Brassens. Oui Brassens, cet autre Georges de ta vie, à la mort duquel je t’ai vu pleurer en cachette.

Je me souviens, nous étions à table en famille ce 30 octobre 1981 (le lendemain de son trépas), lorsque tous les programmes de la télévision française s’étaient interrompus pour annoncer la victoire de la Grande Camarde sur le poète. Mais je vais un peu vite, en 1958, Brassens n’avait que 37 ans et toi 17. Certains de ses disques étaient difficiles à trouver car parfois censurés, mais surtout ils étaient interdits à la vente aux moins de 18 ans. Bien trop anarchiste et « pornographique » pour les minots de l’époque, le père Georges! D’ailleurs, l’autre personnalité subversive et dangereuse du moment, aux antipodes de celle de Brassens, était un certain Elvis Presley, dont tu passais le 45 tours du titre « Hound Dog » en boucle sur le gramophone-valise familial. Étonnamment, l’implosion d’Elvis sur ses toilettes, il y a trente ans, fut l’autre décès que je te vis, de mes yeux vu, avoir du mal à avaler…